La Linchine

La “LINCHINE”, près du carrefour de la rue de Fondsgueux et de la mare Rouge est une construction aujourd’hui inscrite au Patrimoine Nationale depuis 2010. Elle est reconnue comme une œuvre phare de l’architecture contemporaine.

Elle fut construite à Bois le Roy en 1963 sur les plans de l’architecte Claude Parent, pour Madame Bordeaux Le Pecq, artiste peintre qui y installa son atelier. Son toit, tout en courbes et en plans inclinés est inspiré du mouvement des vagues.

A travers cette réalisation, Claude Parent démontre sa virtuosité à traiter le béton armé. A l’intérieur, le délicat traitement du béton mis à nu vient faire écho au sculptural mouvement des toitures. Des jeux successifs de cadrages viennent guider le regard et ouvrir pleinement la maison sur l’extérieur. Une recherche plastique et esthétique que l’on retrouve dans mille et un détails : la frise de bois venant encercler la maison, le garde-corps métallique de la mezzanine, le traitement des sols. Les volumes se complètent, les formes s’animent et créent une atmosphère propice à la créativité et au repos.

Claude Parent

L’architecte Claude Parent (1923-2016) est une des grandes figures de l’architecture contemporaine. Professeur à l’Ecole spéciale d’architecture de Paris aux côtés de Paul Virilo, il a été Grand prix national de l’architecture en 1979, président de l’Académie d’architecture, puis membre de l’Académie des beaux-arts en 2005.

Après avoir travaillé comme dessinateur de mode, affichiste, publicitaire, Claude Parent ouvre son agence d’architecte en 1952. Sous l’impulsion d’André Bloc, il rejoint le groupe Espace, qui réunit l’élite artistique de l’époque, et intègre le comité de rédaction de la revue L’Architecture d’Aujourd’hui. C’est à cette époque qu’il construit la villa André Bloc au Cap d’Antibes (1961) et la Maison de l’Iran (1961-1970) à la Cité Universitaire.

En 1963, il fonde avec Paul Virilo le groupe et la revue Architecture principe. Ensemble, ils réalisent l’église Sainte-Bernadette (1963-1966) à Nevers et énoncent la théorie de la Fonction Oblique. Ils travaillent à un véritable renouveau du vocabulaire architectural et développent des projets utopiques de villes régies par ce principe.

Architecte théoricien, Claude Parent affirme à travers ses constructions et ses écrits une grande liberté formelle. Nombre de ses œuvres sont de véritables performances architecturales, mêlant esthétique nouvelle et innovations techniques.

De nombreux architectes se forment dans son atelier, notamment Jean Nouvel, et de grandes figures de l’architecture contemporaine internationale s’inspireront de son œuvre, à l’image de Rem Koolhaas, Daniel Libeskind ou Bernard Tschumi.

Reconnu pour son travail avant-gardiste, la section française de la Biennale de Venise lui a rendu hommage en 1996, le FRAC d’Orléans lui a consacré une première rétrospective en 1999 et une grande exposition sur son œuvre construite et son œuvre graphique (dont la scénographie était signée Jean Nouvel) était organisée par la Cité de l’Architecture et du Patrimoine en 2009.

Andrée Bordeaux-Le Pecq

Originaire d’une famille angevine et bretonne, fille de Michel Le Pecq à Laval, Andrée Le Pecq termine ses études secondaires en Angleterre, d’où elle revient diplômée de l’université d’Oxford. Elle épouse en 1935 un jeune avocat originaire de Fougères et Saint-Malo, Jacques Bordeaux de Noyant, et vient habiter à Mayenne où elle crée un cours de dessin et de peinture. Son fils, Jean-Luc, naît en février 1937 à Laval.

La Seconde Guerre mondiale la frappe durement : exécution de son frère, le pilote de chasse Bernard Le Pecq, résistant entre Londres et la France, emprisonné par la Gestapo, puis fusillé à Paris en octobre 1943 ; captivité de son mari, Jacques Bordeaux de Noyant, parti à la guerre en décembre 1939 comme officier du Cadre noir de Saumur, blessé et prisonnier pendant cinq années, et, en 1944, soumis aux expériences des « médecins » nazis.

Sa jeune sœur, Françoise, elle aussi résistante, épousera plus tard le comte Stanislas de Villèle qui fit une belle carrière diplomatique dans diverses ambassades, dont celles de Rome, Le Caire et Mexico.

En 1940, élève d’Othon Friesz à l’Académie de la Grande Chaumière, Andrée Bordeaux-Le Pecq est influencée par Jacques Villon, Léopold Survage et surtout, plus tard, Jean Bazaine.

Elle participe après guerre à de nombreuses expositions, et obtient ses premières récompenses en qualité de peintre, graveur sur cuivre et cartonnier. Sa carrière artistique s’affirme et de nombreuses expositions, tant à Paris qu’à l’étranger (Bruxelles, Munich, Vienne, Genève, Florence, Rome, Ankara, Madrid, Barcelone, Dublin, Mexico, Rio de Janeiro, Belo Horizonte, Sao Paulo, Bangkok, Tokyo, et près d’une dizaine de villes des États-Unis dont New York) consacrent le talent d’une artiste délicate et sensible, bien que virile par la force de l’expression. Elle est inspirée tout d’abord par le sud-est de la France, la Provence, mais surtout par les côtes de la Bretagne et de la Normandie. Elle participe au Salon des artistes français, au Salon d’automne et au salon de Nika-Kaï à Tokyo. On distingue trois périodes dans sa production : une période réaliste, une période géométrique-cubiste et une période « peintre de la mer » légèrement abstraite et très colorée.

On note à son actif de nombreuses décorations murales de groupes scolaires (laves volcaniques émaillées et tapisserie d’Aubusson), à Laval, Tours, Blois, Caen, Lisieux et Saint-Brieuc. Elle fonde le premier musée français d’art naïf (musée du Vieux-Château) à Laval, ville natale du Douanier Rousseau. Elle a aussi travaillé pour le mobilier national (manufacture de Beauvais), exécuté de nombreux cartons de tapisserie pour Felletin à Aubusson et illustré de nombreux livres. Pierre Restany, Henry Galy-Carles, Raymond Cogniat, Jean-Jacques Lévêque, René Deroudille, Jean-Clarence Lambert et Jean Cassou ont écrit sur elle.

Parmi ses œuvres peintes les plus marquantes, on peut citer de nombreuses natures mortes, des scènes portuaires, des scènes très colorées de pêche côtière, des paysages mexicains, des scènes de neige, des portraits, des vues de Saint-Tropez, de Saint-Malo, de Paris, etc. Ses œuvres sont présentes dans de nombreux musées, à Paris, Vienne, São Paulo, Téhéran, Reykjavik, Tel Aviv, Phoenix (Arizona), Mexico, Rio de Janeiro, Djakarta et Tokyo.

Elle devient sociétaire du salon de mai à Paris, et chargée de mission auprès de Jean Cassou, un des écrivains les plus influents sur l’art de l’époque, conservateur en chef du musée national d’art moderne et fondateur du musée d’art moderne de la ville de Paris (palais de Tokyo).

En 1954, Andrée Bordeaux-le-Pecq est l’une des deux fondatrices du salon Comparaisons dont elle est élue présidente l’année suivante. Elle y est entourée d’un comité constitué d’artistes : Jacques de la Villegle, Rodolphe Caillaux, un vice-président, Robert G. Schmidt, François Baboulet comme trésorier, André Sablé, Paul Braig, Jean-Pierre Alaux, Maurice Boitel, Henri Cadiou, Bernard Mougin, Isidore Isou, Georges Delplanque, Jean Feugereux, un autre vice-président.

Pour contrebalancer l’art officiel institutionnalisé par André Malraux, elle élabore une véritable politique internationale des arts plastiques libres en invitant notamment des groupes de peintres d’Allemagne fédérale, d’Autriche, du Japon, du Mexique, d’Iran à exposer au musée d’art moderne avec les peintres français. Obtenant une totale réciprocité, elle permet à des peintres figuratifs, abstraits lyriques et géométriques de se faire connaître et de vendre un grand nombre d’œuvres peintes en France, au Japon, au Mexique et aux États-Unis, notamment en étendant les « prix Air France » dans ces pays.

En 1964, pour fêter les dix ans du salon, elle organise une grande exposition présentant les tendances du moment au musée d’art moderne. L’exposition est introduite par Jean Cassou. Pierre Restany et Michel Seuphor sont invités à présenter une sélection d’artistes d’avant-garde parmi les plus significatifs du moment (nouveau réalisme, art expérimental, etc.). Christo, Yves Klein, Martial Raysse, Niki de Saint Phalle, Armand, Daniel Spoerri, Aristide Caillaud, Leonor Fini, Max Ernst, Vasarely, Seuphor, Poliakoff, Henri Michaux, Agam, etc. y exposent leurs œuvres. Pendant deux ou trois semaines, des files de visiteurs s’étirent jusqu’à la place d’Iena — du jamais vu à cette époque à Paris.

Andrée Bordeaux-le-Pecq meurt en janvier 1973 à Paris après un long combat contre des déficiences cardiaques.

Elle est inhumée au Cimetière de Vaufleury à Laval.